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N88
C'est cet après-midi qu'a eu lieu à l'Assemblée Nationale le vote sur le projet de loi de protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur Internet (Hadopi 2). Le volet sanction de la loi antipiratage a été adopté sans surprise, par 285 voix pour et 225 voix contre. Difficile de se réjouir de ce vote, comme de la totalité du feuilleton Hadopi d'ailleurs. Combien de députés ayant voté pour ce projet de loi savent vraiment ce qu'il contient ? Combien de députés de la Majorité reconnaissent que ce texte n'est pas parfait tout en votant pour, soi-disant par "solidarité" ? Cette affaire montre une fois de plus l'ampleur de l'amateurisme de certains députés, tout comme le poids inacceptable du régime des partis.

Au sein de l'UMP ou du Nouveau Centre, tout a été entrepris pour faire taire les dissensions. Monsieur Jean Dionis du Séjour (NC), opposant à l'Hadopi 1, ne s'est pas exprimé pour son groupe cet après-midi. On lui a préféré le député Lachaud qui s'est livré à un plaidoyer du texte. Et que dire des députés UMP Christian Vanneste ou Lionel Tardy, opposés au texte, mais eux aussi priés de se taire lors du débat sur la précédente mouture de l'Hadopi ? Nicolas Sarkozy avait visiblement fait de l'adoption de ce texte une question personnelle et il a pour l'instant obtenu gain de cause. Mais à quel prix ?

La République est bafouée, car c'est l'intérêt de l'industrie du disque qui l'emporte ce soir, pas celui des auteurs et des artistes comme on voudrait nous le faire croire. "La Chose Publique" est détournée au profit de l'interêt de quelques uns. Il suffit pour s'en convaincre de voir qui a été choisi pour présider la nouvelle mission "Création et Internet" chargée du développement de l'offre légale (Hadopi 3) : il s'agit du producteur Patrick Zelnick, PDG du label Naïve et du lobby européen Impala. Depuis quand choisi-t-on un producteur pour défendre les auteurs ? Le conflit d'intérêt n'est-il pas évident ? Cette confusion totale entre les intérêts privés et les lois de la République est absurde et inacceptable. Non seulement les projets de loi Hadopi seront inefficaces et coûteux, mais ils parviendront en plus en un temps record à décrédibiliser notre République.

Il ne reste plus désormais qu'à se tourner vers le Conseil Constitutionnel, en espérant une nouvelle censure salutaire. Tout en sachant pertinemment que même en cas de censure, un nouveau projet sera présenté pour "compléter" le précédent !

Sources :
- article de Numerama sur le vote de l'Hadopi 2
- article de Numerama sur Patrick Zelnick et l'Hadopi 3
N88
Raisons d'espérer

Il semblait difficile de terminer cette série d'articles relatifs au traitement de l'information politique par les médias sans une note d'optimisme. Et c'est Internet qui nous l'offre. Par la diversité des points de vue proposés et la liberté de ton qui y règne, le web est heureusement là pour nous permettre de rompre avec la monotonie solennelle des médias télévisés.

Les Républiques du Web

Les blogs et les sites Internet ont des avantages considérables sur les médias traditionnels. Ils ne sont tenus ni par le temps, ni par une engeance financière conséquente. Il en résulte une information beaucoup plus libre que de nombreux autres médias ne pourraient se permettre de publier. On pourrait cependant penser que le pouvoir politique d'Internet reste limité. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. Il suffit pour s'en rendre compte de prendre l'exemple de la loi Hadopi. Des sites comme Numerama, PC Inpact ou la Quadrature du Net ont acquis une influence considérable. Ils jouent un rôle politique non négligeable dans la diffusion et le décryptage de l'information. D'ailleurs, comment parvenir aujourd'hui à bien s'informer sur cette loi sans Internet ? Le discours des médias télévisés est simpliste à souhait: les pirates sont des méchants voleurs ( l'industrie du disque n'étant bien sûr nullement en cause) et celui qui télécharge illégalement est comparé à un assassin de la route, voire même à un pédophile si l'on en croit les récents propos de Michèle Alliot-Marie... On comprendra aisément dans ce contexte qu'Internet apparaisse comme une bouffée d'air frais dont nous ne pourrions plus aujourd'hui nous passer. Si le Web tend à devenir un acteur politique à part entière, même hors période électorale, nous n'allons pas nous en plaindre. Il brise le bipartisme et permet enfin aux petits partis privés d'antenne d'avoir un relai d'opinion. C'est sans doute pour cela qu'il fait l'objet d'une tentative de contrôle.

Une tentative de contrôle vouée à l'échec

Cette tentative de contrôle du Web (l'expression peut paraître outrancière, mais c'est bien de cela dont il s'agit) a été récemment décryptée par Numerama dans un excellent article qui tente d'assembler les pièces du puzzle. L'Hadopi, puis la Loppsi ( loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) ont effectivement de quoi inquiéter. La Loppsi prévoit ni plus ni moins l'installation de mouchards électroniques, la légalisation des chevaux de Troie comme mode d'écoute à distance, la création d'un fichier nommé "Périclès" contenant un certain nombre de données personnelles, ou encore (mais la liste n'est pas exhaustive) l'obligation pour les Fournisseurs d'Accès à Internet de bloquer l'accès à des sites dont la liste aura été déterminée par l'administration. Sans verser dans la paranoïa, de tels projets de lois sont assurément dangereux. Mais l'on constate que ces projets rencontrent logiquement de nombreux opposants. Sans parler de l'adoption de l'Hadopi sans cesse retardée, la Loppsi pourrait bien subir le même sort. Nous avons la naïveté de croire que cette tentative de contrôle du net est vouée à l'échec. Il faut du moins l'espérer. Car n'en déplaise à Mr Denis Olivennes, qui affirmait le mois dernier qu'"Internet est le tout à l'égout de la démocratie", le Web est l'une des plus belles choses qui soit arrivée à notre République depuis bien longtemps.